Jeudi dernier s'est tenue la Conférence Romande sur l'Accessibilité du Web 2012, première édition de ce genre, organisée par la société Telono.
Les conférences
En ce qui concerne les conférences et les sujets qui ont été abordés, il est difficile d'effectuer un compte-rendu sans reprendre les LT qui ont fidèlement relayé l'événement : il suffit de suivre le hashtag #CRAW2012 sur Twitter pour s'en convaincre.
Mais, avant toute chose, je tiens à souligner que certains intervenants venaient de Suisse alémanique et ont fait l'effort de tenir leurs conférences respectives en français, malgré les difficultés pour eux. Qu'ils en soient remerciés.
Première partie (matinée)
Après un petit mot de bienvenue de Florian Egger, le gérant de Telono, Carine Rivière ouvre le bal par une introduction à l'accessibilité au cours de laquelle elle tient à défaire certains préjugés tenaces à ce sujet (complications, coûts, rapports avec le graphisme).
Ensuite, Julien Conti et Christophe Oberson font des démonstrations de l'utilisation d'un lecteur d'écran couplé à une plage braille et à une synthèse vocale et d'un agrandisseur d'écran, en insistant sur les problèmes d'accessibilité auxquels ils sont confrontés (Julien Conti est aveugle et Christophe Oberson malvoyant).
Puis, Jean-Pierre Villain évoque les WCAG, ainsi que les référentiels qui en sont les méthodes d'application, et introduit l'auditoire à ARIA, tout en affirmant que les landmarks ARIA peuvent être utilisés dès maintenant et que n'importe quel référentiel peut être utilisé pour évaluer l'accessibilité des sites Web, pourvu qu'il se réfère aux WCAG 2.0.
Donato Rotunno clôt la première partie en évoquant l'optimisation de l'accessibilité dans le cadre du responsive Web design.
Seconde partie (après-midi)
Markus Riesch présente le cadre législatif suisse en matière d'accessibilité : l'article 8 de la Constitution de la Confédération Helvétique, la loi LHand de 2004, l'ordonnance OHand qui s'y rattache et les normes P028 (pour les sites Web des instances fédérales) et eCH-0059 (pour les sites Web des cantons et des communes). Il évoque une étude menée en 2011 par la fondation Accès pour tous sur l'accessibilité des sites Web des principales instances fédérales suisses, des cantons et des principales villes suisses. Daniele Corciulo, pour sa part, évoque les écueils auxquels, en tant qu'utilisateur malvoyant, il est confronté lorsqu'il effectue des démarches administratives en ligne, tout en se rangeant clairement parmi les populations atteintes d'un handicap visuel qui plébiscitent l'iPhone pour son accessibilité.
Puis, Jean-Pierre Villain revient à la barre pour parler de l'accessibilité de demain et, plus précisément, d'ARIA, avec des exemples concrets accompagnés de démonstrations avec deux lecteurs d'écran en mode synthèse vocale : un formulaire avec des messages d'information étoffés, une barre de progression, un tchat. Puis, Romain Gervois fait des démonstrations d'accessibilité avec un iPhone, notamment l'utilisation de Siri et une application de reconnaissance optique des billets de banque (qui sèche, toutefois, quand il s'agit des francs suisses).
Carine Rivière et Laetitia Giannettini apportent leur regard d'ergonomes Web sur l'accessibilité, en démontrant qu'ergonomie et accessibilité partagent une même philosophie, voire convergent, et que l'ergonomie peut apporter beaucoup à l'accessibilité, notamment dans le domaine des tests utilisateurs, ce qui suscite un petit débat bien nourri par Jean-Pierre Villain, qui met en garde contre le risque qu'un test utilisateur centré sur un seul handicap n'en occulte tous les autres.
Laetitia Giannettini poursuit en solo en présentant une étude de cas sur l'intégration de l'accessibilité dans un projet Web en milieu bancaire, sous la forme d'un retour d'expérience montrant comment l'accessibilité a été progressivement implémentée, alors qu'elle en était absente au départ, et surtout comment l'occasion a été saisie de sensibiliser le client à l'accessibilité. En même temps, elle rapporte quelques écueils auxquels elle a été confrontée, notamment le fait que le client pensait que, puisque les gabarits HTML fournis pour le projet Web étaient accessibles, les nouvelles applications développées seraient dorénavant accessibles, ce qui est un raisonnement faux, dans la mesure où il suffit que la solution back-end retenue ne génère pas de code accessible pour que l'accessibilité soit fichue en l'air (d'ailleurs, pour le projet en question, un nouveau framework a été adopté par le client sans la moindre consultation en matière d'accessibilité), sans oublier un manque de coopération. Forte de ce retour d'expérience, Laetitia Giannettini recommande une approche transversale, l'intégration de l'accessibilité dès en amont des projets, la nomination d'un expert en accessibilité en tant que référent pour toutes les équipes intervenantes, la formation et la sensibilisation.
Puis, Yannick Guerdat rapporte l'intégration de l'accessibilité dans la refonte du site Web du canton du Jura, une intégration d'autant plus réussie que le site refondu est propulsé par un CMS (propriétaire) respectueux de l'accessibilité et a obtenu la certification AA, sans oublier que le canton du Jura a affiché une forte volonté et a mis les moyens pour parvenir à cette fin.
Enfin, en guise de conclusion, Carine Rivière remercie les intervenants, auxquels elle donne successivement la parole pour recueillir leurs impressions.
Le feedback
À la fin de la journée, chaque participant était invité à répondre à un questionnaire de satisfaction et de suggestions. Pour ma part, j'ai été très satisfait de l'organisation et du contenu. Mais, des améliorations sont encore possibles.
D'abord, il faudrait trouver un lieu plus grand que la salle qui a été utilisée et qui s'est trouvée insuffisante, compte tenu de l'affluence (une soixantaine de personnes), les tables formant un U et certains participants s'étant trouvés assis à l'intérieur de ce U, ce qui n'était pas très pratique pour suivre confortablement les intervenants. L'idéal serait de trouver un amphithéâtre.
Ensuite, il serait plus judicieux d'afficher les pseudos Twitter des intervenants en regard de leur nom, ce qui éviterait à ceux qui relayent l'événement une recherche parfois fastidieuse parfois incertaine. À propos des intervenants, il serait également judicieux de les filmer, à l'instar de ce qui se fait lors des différentes éditions de Paris Web.
Enfin, à l'instar de Paris Web, de Sud Web ou de la Kiwi Party, la Conférence Romande sur l'Accessibilité du Web devrait faire l'objet d'un site Web dédié, qui comporterait à la fois le programme, la présentation des intervenants, le formulaire d'inscription, les informations pratiques, les vidéos et photos de l'événement et les archives des éditions précédentes. Parallèlement au site Web, une présence dédiée sur les réseaux sociaux, voire sur Flickr, serait bienvenue.
Pour finir
Je remercie la société Telono, et plus particulièrement, Carine Rivière et Laetitia Giannettini, de s'être impliquées pour la réussite de cette première édition. Vivement l'édition 2013 !